L'hypothèse d’André Berthier : Alésia - Chaux-des-Crotenay (Jura)

Préambule

Les travaux d'André Berthier amènent à porter un regard nouveau sur l’histoire du territoire centré sur Chaux-des-Crotenay, dans la continuité des apports des érudits locaux (Désiré Monnier, Louis-Abel Girardot, René Chambelland…). Dépositaire des archives et du mobilier archéologique mis au jour par Berthier, ArchéoJuraSites s’efforce d’exploiter et mettre en valeur ces ressources et ce travail original mais contesté. En proposant, au début des années 1960, de situer les épisodes de la bataille d’Alésia (52 av. J.-C.) dans le Jura entre Champagnole et Chaux-des-Crotenay, André Berthier éclaire de façon inédite la connaissance de l’occupation de ce territoire aux temps protohistoriques et antiques. Ses sondages révèlent notamment  l’existence d’un site gallo-romain totalement inconnu en combe de Crans. André Berthier met aussi en évidence, sur le plateau de Chaux-des-Crotenay, d’importants murs ainsi que certains amas pierreux qu'il considère comme vestiges protohistoriques.  Les statuts d'ArchéoJuraSites révisés en 2018 ont donc logiquement prévu l'instauration, au sein du Conseil d'administration, d'un Collège pleinement dédié à l’étude et la diffusion des recherches et des découvertes d'André Berthier.

 

Document 4 pages de présentation synthétique

 

La recherche d’André Berthier

La bataille d'Alésia est une des plus importantes de l'antiquité. L'empereur Napoléon III a décidé qu'Alise-Sainte-Reine était le site officiel de cette bataille.  Mais le choix de cette localisation a très tôt été controversé car elle présente de nombreuses contradictions avec la description que fait César du site d'Alésia dans son Bellum Gallicum. En 1962, André Berthier, directeur de la circonscription archéologique de Constantine et membre correspondant de l’Institut de France, tire du texte même de César et des autres historiens anciens tous les éléments topographiques, géographiques, stratégiques et tactiques qui permettent de restituer un “portrait” du site d'Alésia tel qu’il dut être. Il applique la méthode du portrait-robot en superposant ce “portrait” aux cartes d’état-major sur une zone s’étendant de Sens à Genève. Sur plus de 100 sites examinés, le seul qui se révéla conforme fut celui de Chaux-des-Crotenay, près de Champagnole, dans le Jura.  Vue depuis le belvédère des trois vallées

 

 

Depuis 1963, des recherches et de rares fouilles et sondages autorisés ont permis d’identifier les emplacements possibles des fortifications, des phases de combats, de reconnaître des kilomètres de murs, de fossés, et quelques mobiliers datés de l’époque républicaine. Les travaux de Berthier ont aussi permis de révéler la présence de nombreux vestiges protohistoriques pouvant renvoyer à l'Alésia décrite par Diodore de Sicile comme “métropole religieuse de toute la Celtique”. 

 

La bataille d'Alésia selon André Berthier

Devant le soulèvement général des peuples de la Gaule centrale, ayant regroupé toute son armée à Sens et reçu chez les Lingons un renfort de cavaliers germains pour remplacer les cavaliers éduens, César doit quitter la Gaule avec toute son armée pour la première fois en six ans de campagne.  Ayant fait attaquer la Province romaine au sud et menacer les Allobroges (Savoie) s’ils ne rejoignaient pas la rébellion, Vercingétorix oblige ainsi César à leur porter secours pour s’assurer le passage vers l’Italie. Celui-ci doit alors traverser le territoire des Séquanes (Franche-Comté) pour atteindre Genève qui est la ville située le plus au nord du territoire des Allobroges.

 

 

Le chef gaulois saisit l’opportunité et lance ses cavaliers par une route convergente au devant de l'armée romaine en marche, encombrée des chariots de bagages. Il établit une embuscade dans la plaine de Crotenay. Cette action n’obtient pas le succès espéré à cause de la présence inattendue des cavaliers germains qui parviennent à capturer l’état-major gaulois durant la bataille. L'armée de Vercingétorix se replie alors sans interruption sur la place forte d'Alésia. Celle-ci avait été auparavant ravitaillée et préparée pour bloquer dans ses gorges la marche de l'armée romaine - et tenter de récupérer au passage les bagages contenant le butin du pillage de la Gaule.

 

Le soir de cette bataille préliminaire de cavalerie, le chef romain établit son camp à proximité de la ville actuelle de Champagnole. Craignant le retour des cavaliers gaulois, il fait monter ses bagages sur une colline proche. Le lendemain, César arrive devant Alésia, oppidum des Mandubiens, et jugeant la place imprenable d’assaut, il en organise immédiatement le siège. En quelques heures, les principaux passages sont bloqués. Quelques tentatives ponctuelles de briser les travaux d’encerclement romains par la cavalerie ayant échoué, Vercingétorix décide alors de la faire sortir furtivement par des passages encore libres. Il lui donne pour mission de lever une immense armée dans toute la Gaule pour venir écraser les Romains contre l’oppidum dans lequel il choisit de rester.

 

L’armée de Vercingétorix étant rapidement bloquée sur l'oppidum, César établit alors une fortification du même genre que la première mais bien plus longue à réaliser, tournée contre l'armée extérieure. Quelques semaines plus tard, celle-ci arrive. Quelques combats se déroulent dans la plaine de “3000 pas” (Syam).  Les 60 000 hommes de Vercassivellaunos tentent une ultime attaque du “camp nord” (Crans). Simultanément, les assiégés progressent sur les abrupts en direction du "camp nord" mais sont repoussés par César. Prises à revers par les cavaliers germains, les troupes gauloises sont mises en déroute. L’armée extérieure repart abandonnant Vercingétorix à son sort.

 

L'indissociable diptyque “bataille de cavalerie” - “siège d'Alésia”

L’un des principaux atouts de l'hypothèse d’André Berthier est qu’elle comporte les deux emplacements cruciaux et indissociables de l’ensemble qui constitue l’épisode d’Alésia : d'une part celui de l’embuscade préliminaire (dans la plaine de Crotenay), et d'autre part le siège lui-même de l'oppidum Alésia (Chaux-des-Crotenay, Syam, Crans). Ces deux emplacements sont  cohérents avec les textes des auteurs anciens et situés de façon à pouvoir expliquer  le dispositif stratégique audacieux imaginé par Vercingétorix et la réponse tactique très technique apportée par César pour se sortir du piège. Si l’un des deux volets de ce diptyque manque, c'est tout l'ensemble qui doit  être mis en doute.

Voir le document : LES BATAILLES D’ALÉSIA : Rappels historiques 

Visites de terrain organisées régulièrement par ArchéoJuraSites 

Voir aussi les Bulletins annuels de l'association A.L.E.S.I.A. / ArchéoJuraSites.

 

Le texte des Commentaires de César en ligne :

 


 

 

Textes clés sur la “Découverte Berthier”

 Peinture du 19° siècle

 

 


 

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